La salutation : Du salâm à la paix

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Simple mais significatif : la salutation

Commencer par le commencement

Le Prophète ﷺ  a établi dès le début une fraternité, une solidarité entre les croyants. L’une des pratiques mises en œuvre pour y parvenir est l’échange mutuel du salut : le salâm. Cet acte est particulièrement harmonieux en vue de l’édification d’une communauté fraternelle et soudée car il touche tous les membres de la société du plus petit au plus grand afin d’obtenir une fondation robuste, inébranlable. À chaque point de rencontre, le mot de passe du musulman devient alors « As-Salamou Aleykoum », Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur vous.

Hégémonie

La parole divine intervient dans toutes les circonstances de la vie car une religion pratiquée seulement durant certaines périodes ou dans  certains lieux ne peut être crédible, car tout ce qui est éprouvé de façon marginale est voué à l’échec. D’où l’importance d’être présent dans tous les secteurs de la vie, aussi bien au niveau individuel que collectif.

C’est dans ce cadre que Dieu dit : « Si on vous salue, saluez d’une façon meilleure ; ou bien rendez-le simplement. Certes Dieu tient compte de tout »[1]. Dans ce verset notre Seigneur nous explicite la façon dont les musulmans doivent se saluer. Si on vous salue répondez encore d’une meilleure façon. C’est-à-dire, répliquez « wa ‘alaykoum salam wa rahmatoullah » ou le comble du salut « wa ‘alaykoum as-salam wa rahmatoullahi wa barakatouh » qui revient à dire : « Que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient sur vous » à une personne disant « As-salamou Alaykoum ». Ou bien, au minimum, répondez tout simplement « Alaykoum salam ».

Le Prophète ﷺ nous fait aussi savoir que plus le salut est comblé plus la récompense est garnie. Il est dit dans un hadith que la récompense du salâm varie entre 10 et 30 (hasanât) selon la formule utilisée plus haut[2]. Dans un sens cette tradition prophétique revient à dire que plus les paroles de bonne foi inspirées d’amour sont prononcées, plus l’entente et le sentiment de paix règnent. C’est dans ce contexte que le Prophète dit : « Chaque bonne parole est une aumône ». Bien plus encore, Un simple sourire peut être considéré comme une bonne action et récompensé à ce titre.[3]

As-Salâm

Les musulmans donnent une importance particulière à l’échange du salâm car il est aussi un des nombreux noms de l’Unique. « As-Salâm », c’est-à-dire la paix, la sécurité mais aussi celui qui est sain de tout défaut. Se saluer permet donc le rappel de notre Seigneur, et le rappel du Maître de l’univers a pour effet le rappel des engagements que le croyant doit tenir.

Une des clefs du Paradis.

Un des fondements que cherche à inculquer l’Islâm est le respect, l’amour, la charité et la paix entre les personnes. L’Islâm encourage tout acte qui tend à faire vivre ces vertus. Un des moyens pour cela est de propager le salâm. Le Prophète attire l’attention concernant la diffusion du salâm en disant : « Vous n’entrerez pas au Paradis tant que vous ne croirez pas, et vous ne croirez pas (pleinement) tant que vous ne vous aimerez pas. Ne voudriez-vous pas que je vous indique une chose qui, si vous l’accomplissez, vous permettra de vous aimer les uns les autres ? Propagez, (répandez) le salâm entre vous »[4]. Le Messager d’Allah nous donne une des clefs du Paradis. Propager le salâm, le salut donc la paix, est un intermédiaire pour s’aimer et s’aimer est un moyen pour rentrer au Paradis. Si le salut est à l’origine de l’amour mutuel entre les croyants, c’est qu’il revêt une immense importance. En effet, la portée du salâm est bien plus profonde que la formule prononcée sobrement par la bouche. Se saluer veut dire dans un sens : « Sois confiant, je suis ton frère, ton ami, aucun mal ne te parviendra de ma part ». Penser cette définition lors du salut engendre un sentiment de sûreté dans la vie en communauté où l’atmosphère respirée inspire confiance.

Le synonyme du salâm

Le salâm est synonyme de confiance. La première transaction, la première entente est alors fondée sur le salâm, la confiance. Le salut devient la première marche du respect, de l’amour, de l’humilité, le premier geste pour gagner les cœurs aussi. Car cette formule est prononcée uniquement pour l’agrément de Dieu, aucun profit mondain n’étant espéré. Abou Hourayra dit : « Après la foi, avoir de l’amour pour les personnes est le meilleur caractère »[5]. Le Messager de Dieu nous enseigne également : « Adresse le salâm à celui que tu connais comme à celui que tu ne connais pas »[6]. Ce hadith montre encore une fois l’importance du salut car il n’est pas restreint aux seules personnes que nous connaissons mais également à chaque personne que nous rencontrons. Un des meilleurs exemples pour comprendre ce hadith est l’attachement de ‘Umar Ibn ‘Abd ‘azîz[7] au Prophète. Il suivit Ses enseignements à la lettre, dont celui de propager le salâm. A titre d’exemple ‘Umar rendait visite aux marchés non pas pour faire des achats mais seulement pour saluer la population.

             Avant d’arriver à ce stade, le musulman doit avoir une priorité concernant la propagation du salâm. Il doit d’abord le faire vivre dans sa propre personne, sa famille et ses amis car Dieu dit : « Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans des maisons autres que les vôtres avant de demander la permission (d’une façon délicate) et de saluer leurs habitants »[8]. Et dans un autre verset Dieu dit : « Quand donc vous entrez dans des maisons, adressez-vous mutuellement des salutations venant de Dieu, bénies et agréables »[9]. Ces versets sont une démarche de courtoisie apprise et demandée par notre Seigneur. Les commandements de Dieu s’appliquent dans tous les secteurs de la vie. Chaque position et condition de la vie a un moulage spécifique propre à l’Islam.

Le changement individuel comme priorité

Une des tâches du croyant est le tabligh, c’est-à-dire l’enseignement de l’Islam à ses adeptes, et de façon générale à tout le monde. Aussi, on peut comprendre d’après ces versets qu’il faut d’abord pratiquer sa croyance à l’intérieur de soi-même. Ce cheminement continue en faisant vivre les principes de l’Islam dans le cadre familial. Même si nos valeurs ne sont pas respectées ou vécues dans le secteur ou le pays dans lequel nous vivons, les familles musulmanes représentent chacune une demeure qui doit suivre les préceptes de sa foi afin de protéger les valeurs sacrées de l’Islam. Dans ce cadre notre Seigneur dit : « En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes »[10]. D’où l’importance de changer d’abord sa propre personne pour changer et pouvoir toucher d’autres personnes. Pas de changement collectif sans changement individuel. Avant de propager le salut, qui est donc la paix, Il faut en premier instaurer, en soi-même la paix intérieure, puis dans ses proches et enfin dans la communauté.

Nasif. B

[1] Coran, 4 : 86.

[2] Hadîth rapporté par Abou Dawoud n° 5195 et Tirmidhî n° 2690.

[3] Hadîth rapporté par Tirmizî, Birr n° 36.

[4]  Hadîth rapporté par Abou Dâwoûd n° 5193 et At-Tirmidhî n° 2689.

[5] As-Souyoutî, al-fathu’l kabîr, 1,207.

[6] Hadîth rapporté par al-Boukharî : 11/18 et Abou Dawoud n° 5194.

[7] Né en 679, 8ème calife des Omeyyades. Il est également le petit-fils du fils de ‘Umar Ibn al-Khattâb.

[8] Coran, 24 : 27.

[9] Coran, 24 : 61.

[10] Coran, 13 : 11.

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