Le président Macron et l’Islam de France

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Elu Président de la République au mois de Mai 2017 avec près de 65% des suffrages face à Marine le Pen, le nouveau locataire de l’Elysée entend bien mener une autre politique face à l’Islam de France. En effet, son jeune âge et son pragmatisme est porteur d’un nouveau souffle pour entreprendre les grands chantiers de ce dossier où les précédents gouvernements se sont jusqu’à présent cassé les dents. Par ailleurs, il s’est démarqué par sa vision de la laïcité où il dénonce une certaine « radicalisation »[1] de celle-ci. Retour sur les faits.

Organiser les musulmans : une obsession républicaine

Tout d’abord, avant toute chose pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui il faut regarder ce qu’il s’est passé il y a vingt ans de cela. Depuis Pierre Joxe en 1990 en passant par Jean Pierre Chevènement en 1997 et aussi Nicolas Sarkozy tous les ministres de l’intérieur ont partagé cette obsession de donner au gouvernement un interlocuteur musulman.[2] Rappelez-vous, ministre socialiste de l’intérieur de 1989 à 1993 Pierre Joxe avait créé le conseil de réflexion sur l’Islam en France (CORIF). Il avait pour but de mettre en place une instance musulmane susceptible d’aider au règlement d’un certain nombre de dossier comme les carrés musulmans, les lieux de cultes ou encore la viande Halal. Cependant, il sera très critiqué par son contrôle très autoritaire du culte musulman. Charles Pasqua, celui qui le succédera connu pour avoir inauguré la grande mosquée de Lyon en 1994 mènera une politique pro-algérienne en adoubant la grande Mosquée de Paris pour être l’unique représentant de la deuxième religion de l’Hexagone[3] au détriment des autres courants de l’Islam présent dans le paysage français. Il sera comme son prédécesseur critiqué pour avoir mis en place une « charte de l’Islam » vu comme paternaliste et colonial. C’est ensuite Jean Pierre Chevènement en 1997 qui prendra le relais. C’est avec lui que l’Islam de France prendra un nouveau virage. En effet, il est le vrai père fondateur du CFCM.[4] Il prononcera le fameux discours de Strasbourg[5] en 1997, véritable programme à l’égard de l’Islam en France. Il lancera « L’istichara », une lettre sera envoyée à 6 fédérations musulmanes, 6 grandes mosquées et 6 personnalités. Ensuite, s’en suit une « Déclaration d’intérêt relative aux droits et obligation des fidèles du culte musulman en France » jugé comme une injonction coloniale où les musulmans passeraient un contrat avec l’Etat faisant preuve de leur fidélité aux lois de la république. Il sera finalement abandonné. Jean Pierre Chevènement sera placé en 2014 à la tête de la fondation de l’Islam de France. Il sera très critiqué pour avoir conseillé aux musulmans dans un entretien au journal Le Parisien d’être plus discret.

Son successeur, Nicolas Sarkozy ministre de l’intérieur de 2002 à 2004 va récupérer ce que Jean Pierre Chevènement a fait et va le personnaliser. Sarkozy favorisera les grandes fédérations au détriment des acteurs musulmans indépendant trop turbulent à son gout. Par ailleurs, Le Président de la République de l’époque Jacques Chirac plaidera pour un traitement plus favorable à la grande mosquée de Paris. Son recteur Dalil Boubakeur deviendra le premier président du conseil français du culte musulman sans élection. Tout cela nous démontre que nous avons une conception « élitaire » de la représentation musulmane « organisé par le haut », une philanthropie sécuritaire, une croyance mutuelle au patriarcat musulman (miser sur les veilles barbes blanches « réputées sages » contres les jeunes barbes noirs « jugées trop instable ») et la difficulté à se détacher d’un Islam consulaire de la gestion musulmane (prôner un islam français tout en faisant appel constamment aux état d’origines)[6]

Le président Macron : une nouvelle approche au fait musulman

Le 20 juin 2017 en plein mois du Ramadan, pour la première fois un président de la république s’invite à une rupture du jeune. Organisé par le conseil français du culte musulman et rassemblant les acteurs du paysage islamique français, Macron a souhaitais envoyer un message fort à ses compatriotes musulmans en participant à ce dîner. Il a tenu aussi à rappeler aux représentants des français de confession musulmane qu’il était à leurs coté.

Récemment, il avait déclaré être face au risque de « radicalisation » de la laïcité lors d’une réunion à l’Elysée avec les responsables des 6 principales religions (catholique, protestante, orthodoxe, musulmane, juive et bouddhiste). Il disait déjà en septembre 2016 être contre « la laïcité revancharde »[7] en se démarquant totalement de Manuel Valls qui prônait une laïcité exclusive. Lors de ces vœux aux autorités religieuses le 4 janvier dernier, le président de la république juge indispensable une « structuration de l’islam en France ». En effet, le chef de l’Etat a estimé que ne parler de laïcité qu’au sujet de l’islam était une « erreur funeste ». Mais il a plaidé, à l’adresse des représentants musulmans, pour « un travail sur la structuration de l’islam en France, qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu’elle est en train de vivre sur le plan international ». Ce travail « moral, philosophique » mais aussi « d’organisation » est « indispensable et je vous y aiderai », a-t-il insisté.[8]

Il faut tout de même tempérer. Il ne faudrait pas que comme les gouvernements précédents à force de trop vouloir organiser l’Islam de France de ne pas s’ingérer dans les affaires du culte musulman. C’est aussi aux français de confession musulmane de prendre leurs responsabilités afin de construire l’avenir de leur culte. Même si le président Macron paraît pleine de bonne volonté, il n’est qu’au début de son mandant. Nous verrons dans les prochains mois de ce qu’il en advient. 

 

 

[1]lepoint.fr/politique/attendu-sur-la-laicite-macron-commence-par-rencontrer-les-cultes-21-12-2017-2181659_20.php

[2] Marianne et Allah, Vincent Geisser et Aziz Zemouri

[3] liberation.fr/france/1995/01/11/charles-pasqua-adoube-la-mosquee-de-paris_120296

[4] Malika Zeghal, « La constitution du Conseil Français du Culte Musulman : reconnaissance politique d’un Islam français ? », Archives de sciences sociales des religions, 129 | 2005, 97-113.

[5] discours.vie-publique.fr/notices/973145643.html

[6] Marianne et Allah, Vincent Geisser et Aziz Zemouri

[7] mediapart.fr/journal/france/011016/macron-met-en-garde-contre-la-laicite-revancharde

[8]lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/01/04/emmanuel-macron-juge-indispensable-une-structuration-de-l-islam-en-france_5237661_5008430.html#G1a77PjmB8JzDfhU.99

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