L’invocation, une boussole spirituelle

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L’invocation, une boussole spirituelle

Partout dans le monde et durant chaque période de l’Histoire les êtres humains se sont voués à pratiquer différents cultes. Nous voyons cette réalité sur le site de Gobekli tepe[1] inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce site, considéré comme un centre spirituel pour nomade a été érigé 7.500 ans avant la pyramide de Kheops, 7.000 ans avant Stonehenge ou encore 6.500 ans avant les premières cités sumériennes.

Tout comme le fait d’aimer, l’invocation est aussi universelle. L’homme est par nature un être qui prie. À travers chaque période de l’histoire et partout dans le monde les êtres humains ont ressenti le besoin de prier. C’est avec l’invocation qu’ils ont entrepris une communication avec le divin en ouvrant leurs cœurs et leurs pensées à celui-ci. De même, l’adoration et l’invocation envers l’être vénéré sont le reflet de l’amour et de la sincérité. Par conséquent, la prière tout comme l’adoration, a une caractéristique universelle. Nous pouvons qualifier cet acte inné de boussole spirituelle.

1- Esquisse de ce qu’est l’invocation

La prière paraît être essentiellement une inclinaison de l’esprit vers le substratum immatériel du monde. En général, elle consiste en une plainte, un cri d’angoisse, une demande de secours. Parfois elle devient une contemplation sereine du principe immanent et transcendant de toute chose. On peut la définir également comme une élévation de l’âme vers Dieu. En fait, la prière représente l’effort de l’homme pour communier avec un être invisible, créateur de tout ce qui existe, suprême sagesse, force et beauté, sauveur de chacun de nous. Loin de consister en une simple récitation de formules, la vraie prière représente un état mystique où la conscience s’absorbe en Dieu.[2]

L’invocation est traduite en arabe par le mot « Dou’a » (الدعاء) ou encore « Salât » (الصلاة) qui veut dire « appeler », « demander », ou encore « demander de l’aide » pour le premier et « prier », « adorer » ou encore « demander pardon » pour le second. Étymologiquement ces deux mots se complètent et désignent à peu près la même chose. En outre, le terme de « Salât » est plus utilisé dans le but d’exprimer les cinq prières obligatoires dans l’Islam. Dans la littérature islamique, c’est admettre la faiblesse du serviteur devant la gloire de Dieu, demander Son aide et Sa grâce dans un sentiment d’amour et de vénération.[3]

2- Ce que l’invocation n’est pas

L’invocation ne signifie pas inviter Dieu à être présent dans nos prières. Non, car Dieu est toujours et partout présent. En réalité, avec l’invocation nous demandons à Dieu de nous aider à nous rendre compte qu’il est déjà avec nous et à nous rendre conscients de sa présence car Il est avec nous où que nous soyons. Dieu n’est pas un étranger, lointain et distant. Au contraire, Il est plus proche de nous que notre respiration. Il est, comme le Coran l’indique, plus près de nous que la veine jugulaire[4] et avec nous partout où nous nous trouvons[5].

La prière n’est pas une commande passée au restaurant. Il ne s’agit pas non plus d’une commande d’un quelconque produit. Avec une commande, vous obtenez ce que vous avez désiré, et vous payez évidemment son prix. Vous avez payé pour cela, donc vous vous attendez à ce que vous avez payé. Lorsque l’on prie, nous ne payons rien du tout. Et lorsque vous ne payez rien, vous n’avez aucune attente, vous n’avez pas le droit de vous plaindre de ce que vous recevez. Allah n’est pas là pour nous servir comme des clients. Nous ne sommes pas dans une position de passer des commandes (face à Dieu). Mais plutôt dans une position d’humilité en disant : « Ô mon Maître ! Quoique tu donnes je le prendrai. Et si tu décides de ne pas donner, je l’accepte aussi car Tu sais mieux que moi (de ce qui est bien ou non à mon égard)».[6]

Nous pouvons mieux comprendre cette situation de prière avec l’exemple de la relation entre l’esclave et son maître. À titre général, un esclave est totalement dépendant de son maître et n’a aucun droit. C’est son maître qui subvient à ses besoins avec parfois un air de condescendance sans pour autant que l’esclave a un avis sur la chose dont il a été gratifié. Car tout ce que possède l’esclave est une grâce de son maître. De ce point de vue, nous sommes les serviteurs de Dieu. Chaque chose que nous possédons est un « cadeau » de Dieu.

3- L’importance de l’invocation

L’invocation est un sentiment naturel présent dans l’être humain. C’est pourquoi elle est présente dans toutes les religions monothéistes.

Durant toute son existence, l’humain est confronté à différentes épreuves et difficultés. C’est justement dans ces moments de détresse où ce sentiment caché chez certains sorts de l’ombre et que l’homme ressent la nécessité de se tourner vers Dieu afin de lui demander son aide. Même les personnes se définissant comme non croyantes laisse apparaître ce besoin lorsqu’elles sont éprouvées. Le Saint-Coran fait référence à cette situation dans ce verset :

|Et quand le malheur touche l’homme, il fait appel à Nous, couché sur le côté, assis, ou debout. Puis quand Nous le délivrons de son malheur, il s’en va comme s’il ne Nous avait point imploré pour un mal qui l’a touché. C’est ainsi que furent embellies aux outranciers leurs actions.|[7]

Ou encore :

|Et quand un mal touche les gens, ils invoquent leur Seigneur en revenant à Lui repentants. Puis s’Il leur fait goûter de Sa part une miséricorde, voilà qu’une partie d’entre eux donnent à leur Seigneur des associés, en sorte qu’ils deviennent ingrats envers ce que Nous leur avons donné. «Et jouissez donc. Vous saurez bientôt».|[8]

Ces versets mettent en évidence le caractère naturel du besoin de se diriger vers une force surnaturelle lors d’un dommage, d’une perte minime ou majeure qui anime chaque

personne, qu’elle soit croyante ou non. On peut parler ici d’un mécanisme psychologique général.

En parallèle, ce passage contient également la critique de ceux qui prient Dieu lorsqu’un mal les touche et délaissent celle-ci lorsqu’ils retrouvent la sérénité. En d’autres termes, il y a ici l’encouragement d’être toujours dans une relation continuelle avec le divin et non pas limiter cette relation aux moments les plus critiques et douloureux. Même si le fait de se diriger vers Dieu uniquement dans ces situations n’est pas ce qui est attendu de l’homme, rien que le fait de s’orienter spirituellement vers le Seigneur constitue un bon acte. Car, au moins, cette personne admet sa fébrilité en tant qu’humain et sait « frapper à la porte » pour demander réconfort et assistance. C’est alors que ce dernier recours devient un secours qui apporte apaisement et sérénité.

En outre de cet exemple, un autre passage décrit le rapprochement sincère de personnes éprouvées qui, après les difficultés passées se dirigent vers Dieu :

|Quand une vague les recouvre comme des ombres, ils invoquent Allah, vouant leur culte exclusivement à Lui; et lorsqu’Il les sauve, en les ramenant vers la terre ferme, certains d’entre eux deviennent réticents; mais, seul le grand traître et le grand ingrat renient Nos signes.[9]

Selon Nasafî (1310), la réticence ici désigne le fait de rester sur la foi et la sincérité et de ne pas retourner dans l’ingratitude. Mais ces types de personnes sont rares[10]. Selon Khâzin, ce verset a été révélé à propos d’Ikrimah, fils d’Abu Jahl. Il a été rapporté qu’Ikrimah s’est enfui le jour de la conquête de La Mecque par voie maritime. Lors de cette fuite, une tempête les a mis dans une situation difficile. Puis face à ce danger, il s’est mis à invoquer Dieu : « Si Allah nous sauve (de cette situation), je retournerai embrasser les mains (accepter le Message) de Muhammad ». Suite à cette prière la tempête s’est calmée et il est retourné à La Mecque pour tenir sa promesse. C’est de cette façon qu’Ikrimah embrassa l’Islam[11].

L’un des objectifs de l’invocation est d’exposer la situation, l’état dans lequel se trouve la personne au Seigneur. De cette façon, les supplications signifient un dialogue entretenu avec Dieu.

Prier Dieu constitue l’essence des devoirs de l’homme envers Dieu. C’est un déversement des sentiments du cœur, une supplication adressée à Dieu. Dans l’Islam, le concept de la prière, comme tous les autres concepts religieux, trouve sa plus haute expression.

4- L’invocation des prophètes

Nous retrouvons dans le Saint-Coran différents exemples d’invocations de différents prophètes tel qu’Âdam, Ibrâhim, Mûsâ (Moïse) ou encore ‘Îsâ (Jésus). Nous ne connaissons pas en détail la vie de la plupart d’entre eux. Mais nous sommes informés de leurs invocations mises en valeur par Dieu. Ce que nous apprenons sans conteste à travers le Message divin à propos des prophètes est leur façon de parler et leurs implorations face à leur Seigneur. Car l’invocation est l’une des meilleures habitudes et pratique prophétique.

Ici, nous nous sommes contentés de donner ces quelques explications en guise d’aperçu général sur ce sujet. Car, la richesse de leurs explications et de leurs liaisons nécessiterait d’y consacrer un article entier.

5Le recueillement dans l’Islam

Dans l’Islam, la prière doit répondre à cinq conditions selon ces versets :

|Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n’aime pas les transgresseurs. Et ne semez pas la corruption sur la terre après qu’elle ait été réformée. Et invoquez-Le avec crainte et espoir, car la miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants.|[12]

|Et invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à mi-voix, le matin et le soir, et ne sois pas du nombre des insouciants.|[13]

Nous voyons les termes d’humilité, de discrétion, de crainte et d’espoir mis en valeur dans ces versets. Ce sont ces vertus qui doivent être adoptées par le croyant afin de réaliser une prière complète. D’autres conditions d’ordre de la bienséance (âdâb) peuvent être aussi rajoutées.

C’est dans les ahâdith (pl. de hadith) où nous voyons le Prophète enseigner à ses compagnons la manière dont il faut prier. Il inculque de ce fait, l’appréhension que l’on doit avoir de l’invocation. Se trouvant parmi ses compagnons le Prophète s’exprima ainsi : « Ô les gens ! Ne vous fatiguez point. Car vous ne priez pas quelqu’un de muet et lointain mais vous priez Allah, celui qui est constamment avec vous et qui entend tout »[14]

Généralement, prier silencieusement tout en implorant est préférable car l’ostentation peut se mêler à une prière effectuée à voix haute. Une prière individuelle peut être préférable à une prière de groupe car elle offre la possibilité d’une meilleure concentration et d’un refuge plus intime. Plus que les mots qui sortent de la bouche, ce sont les paroles plongées dans les tréfonds de l’âme qui acquièrent une valeur. C’est le langage du cœur que Dieu désire le plus.

Tout comme l’amour, la prière consiste à délaisser les paroles pour se réfugier dans le cœur. « Celui qui possède un cœur n’a pas de langue ; celui qui possède une langue n’a pas de cœur » disait Yahya Kemal. Une prière sincère débute entre les lèvres, descend au cœur, atteint le tréfonds puis parvient à Dieu.[15]

Dans l’Islam, le croyant est étroitement lié à l’invocation. Sa valeur est en fonction du degré de prière. Invoquer avec opiniâtreté est considéré comme une source de valeur.[16] L’invocation est considérée comme la moelle de l’adoration.[17] L’invocation est un acte précieux auprès de Dieu. C’est pourquoi nous voyons le musulman englobé par des paroles et actes de prière jusqu’à ses plus petites actions quotidiennes. D’innombrables paroles du Prophète font référence à ce fait.

6- L’arme du croyant

Le Hadîth « l’invocation est l’arme du croyant […]»[18] indique que la prière est protectrice. L’homme se défend face aux agressions d’autrui via une « arme ». Ici, l’invocation est comparée à une arme car c’est en implorant le Seigneur que le croyant demande Son aide envers toutes choses nuisibles visibles comme invisibles. L’efficacité d’une arme est évaluée selon son utilisation. L’arme a beau être la plus performante, si elle est entre les mains de quelqu’un qui ne sait pas s’en servir, elle n’est rien. Une invocation en adéquation avec ses conditions et réalisée avec sincérité pourra permettre d’ouvrir les portes de la miséricorde divine. C’est ainsi que la prière du croyant devient son arme spirituelle.

C’est avec cette conscience et compréhension de la force de l’invocation que le prophète Yûnus (Jonas) s’est  sauvé du ventre du poisson (21/87) et que le prophète Ayyûb (Job) a retrouvé la prospérité après avoir été durement éprouvé (21/83). C’est notamment après cette difficile période que le prophète Ayyûb devient un exemple de patience face aux épreuves. C’est aussi grâce à la patience que le prophète Yûsuf est passé d’esclave à dirigeant de l’Égypte antique.

7- La prière en tant que self-control

Bien se connaître soi-même est essentiel pour une vie épanouie. Beaucoup de personnes désirent changer en mieux au plus profond d’elles-mêmes. Elles souhaitent s’améliorer pour leur propre bien ou pour leur intérêt personnel, ainsi que pour le bien de leur entourage. C’est ainsi qu’une grande majorité lutte incessamment contre leur caractère violent, leur paresse, leur peur et les autres sentiments nuisibles les empêchant de progresser dans la vie. C’est justement une des causes pour laquelle des personnes se dirigent vers des horizons mystiques. Car des personnes aptes à aider les accompagnent tout au long de ce cheminement.

Plus ou moins présente dans d’autres religions mais particulièrement mise en valeur dans le christianisme, l’oraison silencieuse, qui est une forme de prière silencieuse (non vocale), est présentée comme un temps consacré à s’éveiller à la présence de Dieu dans le cœur du pratiquant, à un dialogue amoureux avec Dieu, pour atteindre la contemplation divine, et se laisser transformer par Dieu. L’oraison permet également à l’âme une meilleure « connaissance de soi ». Au sens strict, l’oraison désigne une prière mentale et prolongée qui tend plus aux mouvements du cœur et de la volonté qu’à la réflexion intellectuelle. Elle est centrée sur Dieu. Le père Marie-Eugène, à la suite de Thérèse d’Avila, nous dit qu’éclairé sous la lumière de Dieu, le chrétien en oraison identifie ses défauts, ses faiblesses, ses bassesses et peut ainsi les corriger pour progresser en perfection. La vue de nos imperfections nous incite à l’humilité et nous pousse à faire grandir cette vertu. Ainsi Thérèse de Lisieux, dans son manuscrit B reconnaît toute son impuissance face à ses rêves de grandeur, sa soif de rejoindre Dieu, mais au lieu de se désoler et de se lamenter, elle fait grandir sa confiance, son abandon et son amour pour Dieu.[19]

« Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre, et, ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est présent dans le secret. » (Mathieu, VI⁶). Le texte évangélique indique nettement quelle doit être la première attitude d’une âme qui veut prier : cette âme doit se recueillir. Interprète fidèle de la pensée du Maître, la prière chrétienne apparaît d’abord comme une vie de recueillement.[20]

8- Les différents types d’invocation

Dans une prière, les sentiments, les désirs et les besoins d’une personne ont une place importante. De ce point de vue, la prière est aussi multiple que les émotions. Dans un sens, la prière consiste à révéler les intentions de la personne envers Dieu. prière prière

A- Prière de souhait

Les premiers facteurs d’une motivation à l’invocation sont les vœux et les besoins personnels. Dans la plupart des cas, c’est un appel à l’aide pour une personne bouleversée par le désespoir et touchée par la peur et le sentiment d’insécurité. «Demander» dans chaque situation constitue la caractéristique principale d’une prière. La réussite, la santé, la sécurité et les avantages matériels (richesses) sont principalement sujets à une prière.

B- L’invocation de gratitude

Face aux nombreux bienfaits de Dieu, l’être humain se voit dans le besoin de montrer ses sentiments et son attitude par la meilleure expression ; la reconnaissance (shukr). Ce type de prière est une des prières les plus faciles à effectuer et la plus rependue. Beaucoup de familles apprennent à leur enfant en premier lieu la prière de remerciement. Aussi, une prière de remerciement peut être réalisée sans réel but si ce n’est de faire preuve de gratitude envers Dieu et invoquer Son nom.

C- La prière d’intercession

C’est le fait de prier pour quelqu’un d’autre. Les personnes ont besoin d’aide les unes des autres dans diverses situations. Les besoins rapprochent les gens entre eux. Dans un sentiment d’altruisme et d’aide,  il y a des prières pour la réalisation des bénéfices matériels, spirituels ou psychologiques d’une personne

D- L’invocation de culte et de louange

Le croyant qui perçoit l’harmonie de l’univers et ses bienfaits ressent le besoin d’exprimer ses sentiments envers le Créateur de façon discrète ou apparente avec humilité et une admiration mélangée de crainte. Dans cette situation, seul Dieu est perçu comme un Être à adorer et à louer.

E- L’invocation de demande de pardon et d’aveu de pêché

Le fait de vouloir se sentir proche de Dieu et de vivre en communion avec Lui est la cause de certaines prières. De ce point vue, lorsque l’être humain sent qu’il s’éloigne de Dieu, il essai de cicatriser cette plaie par les remords qui entraînent le repentir.[21]

9- Les effets psychologiques de l’invocation

Les observations et les recherches sur la prière montrent que tous les mécanismes psychologiques de l’homme ont un impact sur la santé du corps. La prière affecte les pensées, les sentiments, les perceptions, les attitudes et les comportements, en bref toute la personnalité. Cet effet diffère d’un individu à l’autre et joue un rôle important dans la détermination du niveau de sincérité et de continuité.

Tout d’abord, la prière crée chez l’individu la sérénité et la tranquillité. En cas de détresse et de tension, il crée légèreté et réconfort. Le bénéfice le plus important de la prière est de ne pas se sentir seul. Une personne qui se réfugie en Dieu par la prière et le culte sait qu’elle n’est pas seule en ce monde et qu’elle est en grande partie protégée de la dépression, du pessimisme et de l’anxiété. La prière donne de l’espoir, supprime les sentiments pessimistes et rend optimiste. Le désespoir est une émotion qui affecte négativement la psychologie de l’être humain. Une personne qui prie est une personne qui croit fermement que Dieu l’assiste.[22]

Certains sont d’avis que la croyance n’est pas une condition pour pratiquer l’invocation. Selon Marinier, l’impact psychologique de l’invocation est indépendant des principes de la foi. Même les personnes non croyantes peuvent tirer des avantages en priant. Le facteur déterminant ici, est l’ardeur et l’intensité de l’imagination du désir. En d’autres termes, c’est la densité et la qualité de la prière qui jouent un rôle décisif.[23]

La prière agit sur l’esprit et sur le corps d’une manière qui semble dépendre de sa qualité, de son intensité et de sa fréquence. Il est facile de connaître quelle est la fréquence de la prière et, dans une certaine mesure, son intensité. Sa qualité demeure inconnue, car nous n’avons pas le moyen de mesurer la foi et la capacité d’amour d’autrui. Cependant, la manière dont vit celui qui prie peut nous éclairer sur la qualité des invocations qu’il envoie à Dieu. Même quand la prière est de faible valeur et consiste surtout en la récitation machinale de formules, elle exerce un effet sur le comportement. Elle fortifie à la fois le sens du sacré et le sens moral. Les milieux où l’on prie se caractérisent par une certaine persistance du sentiment du devoir et de la responsabilité, par moins de jalousie et de méchanceté, par quelque bonté à l’égard des autres. Il paraît démontré qu’à développement intellectuel égal, le caractère et la valeur morale sont plus élevés chez les individus qui prient, même de façon médiocre, que chez ceux qui ne prient pas.[24]

Avec renouvellement et répétition, la prière se transforme en un comportement intrinsèque qui entre dans l’esprit de l’humain et se mélange à la personnalité pour devenir une caractéristique de son caractère.[25]

En outre, ses effets bénéfiques sur la santé sont aussi démontrés dans plusieurs recherches scientifiques.

10- Mémento de la prière

C’est en devenant une habitude que la prière agit sur le caractère. Il faut donc prier fréquemment. «Pense à Dieu plus souvent que tu respires» disait Épictète[26]. Il est absurde de prier le matin et de se conduire le reste de la journée comme un barbare. De très courtes pensées ou invocations mentales peuvent maintenir l’homme en présence de Dieu. Toute la conduite est alors inspirée par la prière. Ainsi comprise, la prière devient une manière de vivre.[27]

L’invocation est la conscience d’une connexion entre l’humain, être limité et Dieu, éternel et sans fin. C’est enraciner un dialogue profond et un pont entre la créature et le Créateur. C’est une conversation personnelle intime du cœur avec Dieu[28] selon l’islamologue et penseur japonais Toshihiko Izutsu.

Pour certain comme Thich Nhat Hanh la prière est un besoin humain fondamental, ne relevant d’aucune religion particulière, mais aussi naturel à l’homme que respirer. Cette position d’un côté, son caractère sacré est certain. C’est justement cet aspect du sacré qui est en voie de disparition chez l’humanité.

En résumé, le sens du sacré revêt, par rapport aux autres activités de l’esprit, une importance singulière. Car il nous met en communication avec l’immensité mystérieuse du monde spirituel. C’est par la prière que l’homme va à Dieu et que Dieu entre en lui. Prier apparaît comme indispensable à notre développement optimum. Nous ne devons pas prendre la prière pour un acte auquel seuls se livrent les faibles d’esprit, les mendiants, ou les lâches. « Il est honteux de prier » écrivait Nietzsche. En fait, il n’est pas plus honteux de prier que de boire ou de respirer. L’homme a besoin de Dieu comme il a besoin d’eau et d’oxygène.[29]

L’adoration de Dieu est la nécessité de la servitude, et la prière est son essence. Tout comme une boussole indiquant la bonne direction à celui désirant trouver son chemin, la prière est une source de retour et un guide vers Dieu afin de ressentir sa proximité.

Il n’y a pas de plus grande porte qu’un cœur ouvert à la prière. La prière, c’est parler avec Dieu. Ceux qui attendent une réponse venus du Grand Infini ne seront ni épuisés ni accablés d’attendre toute une vie sur le seuil de cette porte.

 

 

|Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux.

Quel que soit le nom par lequel vous l’appelez, Il a les plus beaux noms […]|[30]

 

 

 

[1] Situé dans la chaîne montagneuse du Germuş, en Anatolie du sud-est (Turquie), ce bien présente des structures mégalithiques monumentales de forme circulaire et rectangulaire, interprétées comme des enceintes, qui ont été érigées par des groupes de chasseurs-cueilleurs du néolithique précéramique, entre 9600 et 8200 avant notre ère. Ces monuments auraient vraisemblablement été utilisés dans le cadre de rituels, probablement funéraires. Des piliers caractéristiques en forme de T sont sculptés d’animaux sauvages qui donnent un aperçu de la vision du monde et des croyances des populations vivant en Haute Mésopotamie il y a environ 11.500 ans [https://whc.unesco.org/fr/list/1572] ; [https://www.nouvelobs.com/sciences/20170721.OBS2419/gobekli-tepe-le-temple-mysterieux-qui-alimente-toutes-les-theories.html].

[2] A. Carrel, La prière, [http://classiques.uqac.ca/classiques/carrel_alexis/medecin_parle_de_la_priere/medecin_parle_de_la_priere_texte.html].

[3] Ibn Manzûr, Lisân al-Arab, «d-‘a-w».

[4] Coran, 50 :16

[5] Coran, 57 :4

[6] Ali Khan, Numan, Revive your heart, 2017, p. 30-31.

[7] Coran, 10 :12.

[8] Coran, 30 :33-34

[9] Qur’ân, 31 :32

[10] Imam Nasafî, Tafsîr al-Nasafî – Madârik al-Tanzîl wa Haqâ’iq al-Ta’wîl, éd. Dar ibn Kathîr, 2011, Tom 2, p.721.

[11] Sulayman al-Jamal, al-Futuhât al-Ilâhiyya bitawdîh Tafsîr al-Jalâlayn, éd. DKI, 2013, Tom 6, p. 130.

[12] Qur’ân, 7 :55-56

[13] Coran, 7 :205

[14] Bukhârî, Jihâd, 131.

[15] Topçu, Nurettin, Var Olmak, Dergah yay., 2017, p.92.

[16] Coran, 25 :77.

[17] Abû Dâvûd: 1479, éd. DKI, 2013; Tirmidhî: 3369. Éd. DKI, 2011.

[18] Hakîm, Mustadraq, I/492 n°1812.

[19] Site internet de : La croix ; Carmel ; Wikivisually.

[20] L’Abbé J. Chansou, étude de psychologie sur les sources et l’efficacité de la prière […], p. 11, (https://ia601404.us.archive.org/22/items/MN41970ucmf_1/MN41970ucmf_1.pdf).

[21] H. Hökelekli, Din psikolojisi, 2013, p. 226-227.

[22] Hüseyin Peker, Din psikolojisi, p. 197.[http://www.onlinedil.net/aof-ilahiyat-kitaplari/ILH2005.pdf]

[23] H. Hökelekli, Din psikolojisi, 2013, p. 228.

[24] Alexis Carrel, Un médecin parle de la prière, p. 17-18. [http://classiques.uqac.ca/classiques/carrel_alexis/medecin_parle_de_la_priere/medecin_parle_de_la_priere.pdf]

[25] Topçu, Nurettin, Var Olmak, Dergah yay., 2017, p.93.

[26] Epictète (50-125 ap. J.-C) est un philosophe grec stoïcien.

[27] http://dicocitations.lemonde.fr/reference_citation/104423/Un_medecin_parle_de_la_priere_1944_.php

[28] Toshihiko Izutsu, God and man in the Quran, 2002 p. 210. Pdf [https://ia601603.us.archive.org/24/items/ToshihikoIzutsuGodAndManInTheQuran/Toshihiko-Izutsu-God-and-Man-in-The-Quran.pdf]

[29] Alexis Carrel, Un médecin parle de la prière, p. 24. [http://classiques.uqac.ca/classiques/carrel_alexis/medecin_parle_de_la_priere/medecin_parle_de_la_priere.pdf]

[30] Coran : 17 :110.

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