L’histoire du calendrier hégirien

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L’histoire du calendrier hégirien (musulman)

Les mots les plus utilisés dans la vie courante sont souvent les plus négligés. En effet nous pensons saisir leur sens et la banalité de leur emploi ne nous pousse pas à leur prêter particulièrement attention. Le mot « calendrier » fait partie de ces derniers bien que son sens n’ait rien de banal.

L’étymologie du mot « calendrier »

Le mot calendrier vient du latin Calendarium qui signifie d’abord « registre de dettes » (livres de compte). Ce terme est formé sur Calendae qui désigne le 1er jour du mois chez les Romains qui était aussi le début de la nouvelle Lune. Les Calendae (du verbe  » calo  » qui signifie  » placer, poser « ) sont à l’origine les jours de référence fixés pour le paiement des échéances. Le tout était consigné sur le « registre de dettes » .

En tant que définition, le calendrier est un système lié d’une manière plus ou moins stricte à la durée de révolution de la Terre autour du Soleil ou à celle de la Lune autour de la Terre et permettant de recenser les jours, les semaines, les mois et les années. Le calendrier désigne désormais un tableau des jours d’une année, avec l’indication des semaines, des mois et des saisons, comportant en général quelques renseignements accessoires (fêtes, commémorations, etc.) et des informations astronomiques (phases de la Lune, lever et coucher du Soleil, éclipses, etc.).[1]

Les différents types de calendrier

Le calendrier est un outil indispensable aux hommes. Toutes les civilisations ont divisé le temps afin d’y fixer les grands événements communs survenus ou encore de planifier l’agriculture.

Les différences entre calendriers sont dues à de nombreux facteurs tels que les spécificités culturelles, la localisation géographique des communautés, les saisons mais aussi les croyances, les progrès scientifiques ou encore le contexte politique. Certaines civilisations ont créé leur propre calendrier. C’est le cas des musulmans, Hindou, chinois et des Mayas. Au fil du temps les peuples ont adapté leur calendrier à leurs usages, leurs coutumes et leur besoins.

On recense essentiellement trois types de calendriers :

 1- Calendrier lunaire : les mois commencent à la nouvelle lune et le calendrier dérive par rapport aux saisons. Il suit les phases de la lune, 354 jours répartis en 12 mois (calendrier hégirien) ;

2- Calendrier solaire : la durée de l’année est liée à l’année des saisons et les mois ne tiennent pas compte de la lune. Basé sur les saisons, 365 jours répartis en 12 mois (calendrier julien et grégorien) ;

3- Calendrier luni-solaire : les mois commencent à la nouvelle lune et on ajoute “à certains moments” un mois pour que le calendrier ne dérive pas par rapport aux saisons. Mélange des 2 types de calendriers, donc 365 jours, mais les mois coïncident avec la lunaison (calendrier chinois).

Lunaire Luni-solaires Solaires Chronologique
Musulman Grec Julien Egyptien
Chinois Grégorien Maya
Hébreux Républicain
Celte
Ecclésiastique

Depuis toujours, les calendriers sont basés soit sur les lunaisons (la lunaison est une période d’environ 29 jours et demi pendant laquelle la lune effectue un tour complet autour de la terre), soit sur la révolution de la terre autour du soleil, qui s’effectue en une année, soit sur un système hybride, dit luni-solaire. Les religions ont aussi influencé l’élaboration des calendriers.

L’approche des différentes civilisations

Chez les babyloniens, la durée des mois était basée sur les lunaisons. L’année était composée de 12, 13, ou même 14 mois, pour être en accord avec le système solaire.

Les égyptiens utilisèrent d’abord un calendrier lunaire, puis ils adoptèrent un calendrier solaire. L’année du calendrier égyptien était alors composée de 12 mois de 30 jours, plus 5 jours à la fin du 12ème mois.

Le premier calendrier chinois aurait été créé en 2637 avant JC, par l’empereur Jaune. Les chinois avaient pour habitude de remettre à zéro l’année du calendrier à chaque début de règne d’un empereur.

Les grecs ajustèrent d’abord la durée des mois sur les lunaisons. L’année du calendrier grec comportait 12 mois de 29 ou 30 jours, soit 354 jours, auxquels ils ajoutaient un 13ème mois tous les 2 ou 3 ans. Au VIIIème siècle avant JC, ils adoptèrent un calendrier luni-solaire, composé d’une période de 8 ans dite octaétéride. Aux 12 mois de 29 ou 30 jours, ils intercalaient trois mois  supplémentaires pour obtenir 2922 jours par période de 8 ans, soit une moyenne de 365,25  jours par an. (plus de détails ici)

 

Le calendrier musulman est un calendrier lunaire. Le premier jour de chaque mois est celui qui correspond à la nouvelle lune. L’année compte 354 jours : en conséquence, les saisons calendaires se décalent d’une année sur l’autre, par rapport aux saisons solaires.

Calendrier hébraïque pour l’an 5591

Le calendrier hébraïque est un calendrier luni-solaire composé d’années solaires, de mois lunaires, et de semaines de sept jours commençant le dimanche et se terminant le samedi, jour du chabbat. Comme point de départ, il se réfère à la Genèse (« Beréshit » : « commencement »), le premier livre de la Bible, dont il fait correspondre le début à l’an -3761 du calendrier grégorien (proleptique). Le calendrier juif sert aussi à calculer les dates des fêtes religieuses juives. La journée commence à la tombée de la nuit : la durée d’un jour est donc à la foi fonction de la saison et de la localisation. Le mois est la période de 29 ou 30 jours pendant laquelle la lune effectue une rotation autour de la terre. Une année compte soit 12 mois, c’est à dire 354 jours, soit 13 mois. Les années de 13 mois sont dites années embolismiques. (Plus de détails et explication vidéo ici)

Du temps des calendriers romains, les années se comptaient à partir de la fondation de Rome, en 753 avant JC. Plusieurs calendriers se succédèrent pendant la civilisation romaine (Le calendrier romain de Romulus, le calendrier julien en 46 avant JC etc).

Le calendrier grégorien, du nom du pape Grégoire XIII, fut décrété en 1582. C’est ce pape qui a réformé le calendrier julien de l’époque. Cette réforme a surtout consisté à supprimer 10 jours au calendrier. A cette époque, les conséquences de cette décision étaient beaucoup moins importantes que de nos jours, mais le calendrier grégorien a été accepté plus ou moins tardivement dans les différents pays du monde, en fonction de leur religion dominante. Les protestants et les orthodoxes eurent du mal a reconnaître le pouvoir de l’Eglise catholique sur le temps.

L’ère musulmane et le calendrier Hijrî

Avant l’ère islamique les idolâtres de La Mecque ont accepté la mort de Kusay bin Kilâb comme le début de l’Histoire en raison de l’importance qu’ils accordaient à celui-ci.  Cependant, après l’incident de l’éléphant[2] (al-fîl), cette date a été choisie comme début de l’Histoire pour les arabes.[3]

De l’édification  de l’Etat musulman à Médine jusqu’à la période de ‘Omar (ra), les musulmans ont accepté certains évènements importants en tant que début de l’histoire et ont déterminé leurs temps en conséquence. A titre d’exemples de ces évènements, on peut citer : l’incident de l’éléphant, la guerre d’al-fijâr, le dernier sermon du Prophète. Mais cela présentait de temps en temps des situations parfois compliquées et mitigées. ‘Omar (ra) a consulté d’autres compagnons dans le but de mettre fin à cette confusion. Pendant ce temps, d’autres événement ont augmenté la nécessité d’établir un calendrier rigoureux. On trouve en particulier une lettre envoyée par Abû Musâ al-Ach’arî alors gouverneur de Basra, au calife ‘Omar disant : « Nous avons reçu de l’émir des croyants plusieurs lettres sans dates. Nous ne savons donc pas à quelle époque remontent tes ordres, et, pour que nous le sachions, il faudrait dater les lettres ».

 

‘Omar (r) trouvant que son gouverneur avait raison, rassembla autour de lui tous les hommes instruits et les sages conseillers musulmans pour leur demander leur avis. C’était là une des bonnes habitudes de ‘Omar (r) : il se basait sur la « Chûrâ « , la consultation, comme ligne de conduite pour diriger les affaires de l’Etat. Il n’envisageait jamais de prendre une décision sans consulter les musulmans instruits. Il avait l’habitude de dire : « L’opinion d’un seul est comme un fil très fin. Deux opinions sont comme deux fils que l’on a noués ensemble. Si les opinions sont nombreuses, cela devient comme une corde solide ! »[4] Enfin, Ayant recueilli et méditer longuement l’avis de chacun, ‘Omar (r) décida de débuter le calendrier islamique à partir de l’hégire. Le calendrier musulman n’est pas œuvre du Prophète mais celle de ‘Omar durant son califat (634-644). Elle est calculée à partir de « l’émigration » du Prophète vers Médine le 16 juillet 622 (julien).

Le calendrier hégirien ou calendrier musulman est un calendrier lunaire synodique fondé sur une année de 12 mois lunaires de 29 à 30 jours chacun. Une année hégirienne compte 354 ou 355 jours, et est donc plus courte qu’une année solaire d’environ 11 jours.

  • L’année actuelle est 1439 de l’hégire, allant du 22 septembre 2017 au 11 septembre 2018.
  • L’année suivante sera 1440 de l’hégire, qui débutera le 12 septembre 2018 et finira le 31 août 2019.

 

Le découpage des mois et des jours

Les musulmans ont adopté la semaine de sept jours. En revanche, contrairement à ce qui se passe en France, le jour de repos et de prière commune hebdomadaire obligatoire est le vendredi (Yawm al-Jumu’a). Le premier jour de la semaine est dimanche (Yawm al-Ahad).

 

Les mois du calendrier hégirien

  1. Muharram
  2. Safar
  3. Rabia al-awal
  4. Rabia ath-thani
  5. Jamâda al ûla
  6. Jamâda ath-thania
  7. Rajab
  8. Cha’bâne
  9. Ramadhân
  10. Chawwal
  11. Dhû al qa`da
  12. Dhû al-hijja

 

Les noms des jours de la semaine:

Dimanche Yawm al-Ahad
Lundi Yawm as-Sânî
Mardi Yawm as-Sulâsah
Mercredi Yawm al-Arba’a
Jeudi Yawm al-Khamîs
Vendredi Yawm al-Jumu’a
Samedi Yawm as-Sabt

Les appellations des jours (sauf al-Jumu’a et as-Sabt) sont des noms de nombre cardinal en arabe (Premier, deuxième…).

 

Al-Jumu’a

« al-Jumu’a » signifie « assemblée, réunion ». C’est le jour le plus important pour les musulmans (autant que dimanche pour les chrétiens ou le jour de Chabbat pour les juifs). C’est le jour où les fidèles se rassemblent pour une prière commune. Beaucoup de ahâdîth (pl. de Hadîth ) parle du mérite de ce jour. Notons au passage que la racine de Jumu’a est la même que «Jama’a» d’où découle «Jâmi» qui est la mosquée. Ce jour est si important que le Qur’ân lui réserve une Sourate al-jumu’a (Le Vendredi) dans laquelle on peut lire un verset qui dit : « O vous qui croyez ! Quand on appelle à la Prière, le vendredi, accourez à l’invocation d’Allah… » [5]

 

Les mois sacrés

Quatre mois sont sacrés pour l’Islam. Trois d’entre eux sont consécutifs : les deux derniers de l’année (Dhû al-qa`da et Dhû al-hijja) et le premier de l’année suivante (Muharram) ; le quatrième est le septième mois hégirien (Rajab). Contrairement aux idées reçues le mois de Ramadan n’est pas un mois sacré. Le nombre de mois sacré est inscrit dans le Saint Qur’ân : « Le nombre de mois, auprès d’Allah, est de douze [mois], dans la prescription d’Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre. Quatre d’entre eux sont sacrés: telle est la religion droite. [Durant ces mois], ne faites pas de tort à vous-mêmes.» [6]

Le 1er jour du mois de Muharram correspond au nouvel an islamique, 1er jour de l’Hégire (ce jour coïncide avec le 16 juillet 622 de l’ère chrétienne). Le nouvel an islamique célèbre le départ (l’émigration, la Hijra) de Muhammad (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) de La Mecque pour Yathrib (Médine) en 622.

A ce sujet le dernier Messager a dit « Le temps a repris son cours tel qu’il était quand Allah créa les cieux et la terre : l’année compte douze mois dont quatre mois sacrés; les trois se succèdent et ont pour nom Dhû al-Qa’da, Dhûl Hijja et Muharram et le quatrième Rajab intercalé entre Jamâda ath-thania et Cha’bâne. »[7]

 

Nota-bene

 

Cette image témoigne de la richesse culturelle au sein de l’Empire Ottoman. Ce feuillet de calendrier datant de 1911 comporte différentes dates selon les différents calendriers. Celui tout d’abord des musulmans (Hijrî), puis la date grégorienne écrites en français mais aussi celui des Juifs (Ladino). En outre, le bulgare, le grec et l’arménien sont aussi présents dans ce document.

Le calendrier musulman (Hijrî/Qamerî/Rumî) a été longtemps utilisé par les turcs jusqu’au 26 décembre 1925 où le calendrier grégorien a été instauré en Turquie. Ces nouveautés s’inscrivent dans la continuité de la période d’occidentalisation. Avec l’abolition du système du Droit Islamique en vigueur, le calendrier Hijrî, qui est une partie de ce système, a également été abrogé. Cette démarche a eu au moins pour effet de couper les liens entre les musulmans du monde.

 

Curiosité 

Pour la seule fois dans l’Histoire, une année hégirienne sera complètement incluse dans une année grégorienne en affichant le même millésime, soit l’année 20 874 ; et seront parfaitement concordantes le 1er mai 20 874 (1er Jamâda al ûlâ 20 874). Les débats concernant le début de mois basé sur le calcul ou l’observation sont toujours d’actualité au sein de la communauté musulmane, notamment à propos du Ramadan. Cette polémique sera à traitée dans un article dédié à ce sujet.

 

 

 

 

 

[1] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/calendrier/12310

[2] Note : Cet évènement a  eu lieu pendant l’année de la naissance du Prophète de l’Islam, Muhammad.

[3] Târîkh al-Ya’qûbî, II, 17.

[4] Al-mujâlasah wa-jawâhir al-‘ilm, al-Dinâwarî, n°600.

[5] Qur’ân, 62 :9.

[6] Qur’ân, 9 :36.

[7] Sahih Al Bukhari, n° 2958

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